Faut-il le faire redoubler ?

“Mon fils n’est pas admis dans la première ES qu’il vise. Nous souhaitons qu’il redouble pour qu’il puisse rattraper ses lacunes, améliorer ses moyennes et retenter la première ES l’année prochaine. Mais ses enseignants ne sont pas de cet avis : ils disent qu’il ne peut prétendre qu’à une première STMG. Pourtant lui se dit prêt à mettre le turbot pour prouver qu’il est à la hauteur de son choix. A qui se fier ? A l’avis des enseignants ? A celui de notre fils ?”

Sandrine

Jusqu’ici l’Education nationale française usait et abusait du redoublement. En effet, l’Hexagone est parmi les champions du redoublement des pays de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique) : elle est le 5e pays sur 34 à faire le plus redoubler ses élèves. En 2012, l’enquête Pisa révélait que 28 % des élèves âgés de 15 ans avaient au moins redoublé une classe. Une tendance qu’aujourd’hui le ministère de l’Education nationale tend bien inverser : la loi du 8 juillet 2013 de refondation de l’Ecole de la République fait du redoublement une procédure exceptionnelle, limitée à certaines circonstances particulières qui le justifient absolument. Déclaré désormais coûteux, injuste, inutile, le redoublement n’a plus la côte. Il a cependant parfois prouvé par le passé qu’il pouvait être bénéfique….

Le redoublement : deuxième chance ou voie de garage ?

Les enseignants sont d’accord sur un point : le redoublement n’est bénéfique que pour les élèves prêts à travailler. Pour les autres, il ne sert à rien : les enquêtes sur le sujet montrent que si l’élève ne remet pas en question ses méthodes de travail, ses notes restent les mêmes que l’année précédente. C’est le cas de Lucien. Sa mère, Anna, raconte : “Lucien a redoublé son CM2. Son institutrice a donné pour argument qu’il n’était pas prêt pour le collège : il avait beaucoup de lacunes dans les matières de base, en français et en maths. Ce n’était pas faux. Mais Lucien avait surtout beaucoup de difficultés avec le système scolaire. Au final, doubler son CM2 ne l’a pas fait progressé, il n’a pas rattrapé son retard. Pire : il s’est senti stigmatisé, coupé de ses copains et a perdu confiance en lui.”

Cependant, dès lors que l’élève aborde son année de redoublement non pas comme une punition mais comme une opportunité, elle peut devenir l’occasion pour lui de développer de meilleures méthodes de travail, de mûrir intellectuellement et d’approfondir ses connaissances. C’est ce qui est arrivé à Zoé, qui a redoublé sa seconde pour aborder plus sereinement une première S : “J’ai pleinement profité de cette deuxième seconde. J’avais toujours une élève moyenne qui, sans être mauvaise, avait du mal à se maintenir. Peut-être parce que je suis née un 29 décembre. En tout cas, en redoublant, je me suis sentie beaucoup plus à l’aise scolairement. J’ai rattrapé le retard que j’avais pu accumuler. J’ai nettement progressé et j’ai gagné confiance en moi. Depuis je suis une bien meilleure élève.”

L’aider à bien vivre son année de redoublement

Selon la psychanalyste et psychologue Monique de Kermadec, il est nécessaire de préparer et d’accompagner l’enfant ou l’ado pendant cette année de redoublement. “Parents et enseignants doivent aider l’élève à comprendre pourquoi il a échoué l’année passée et ce qu’il doit changer dans sa façon de travailler pour réussir l’année suivante. Car si l’élève n’est pas dans un état d’esprit de changement et d’évolution quant à ses méthodes de travail et son investissement scolaire, la réussite ne sera pas au rendez-vous.” L’attitude des parents est alors essentielle pour que l’enfant ou l’ado ne vivent pas ce redoublement comme une humiliation mais comme une deuxième chance. “Ils doivent le rassurer quant à ses capacités tout en le stimulant pour qu’il progresse. Bien sûr ce redoublement paraît ennuyeux, mais il ne s’agit pas pour autant d’une année perdue. C’est un temps de préparation pour toutes les années qui vont suivre. Un temps de remise à niveau où il va rattraper ses lacunes, mais aussi de réflexion, où il va apprendre à mieux se connaître, à prendre conscience des efforts qu’il doit faire.” La thérapeute conseille enfin de ne pas dramatiser la situation : “La colère des parents peut amener l’enfant à avoir le sentiment qu’il les a déçus et a perdu leur amour. C’est donc le moment pour eux de lui rappeler leur amour inconditionnel et de maintenir une relation positive qui n’est pas uniquement focalisée sur la réussite scolaire.”

Faire appel d’un redoublement, d’accord. Mais dans quel but ?

Quand ils apprennent la décision du conseil de classe de faire redoubler leur enfant, la tentation est grande pour les parents de la contester et de faire passer l’élève en force dans la classe supérieure. D’autant que, depuis la rentrée 2015, l’Education nationale souhaite que toute décision de redoublement soit prise en accord avec les parents. Cependant contester pour contester n’est pas forcément une bonne idée. L’amour-propre des parents ne doit pas prendre le pas sur le bien-être scolaire de l’enfant. Monique de Kermadec explique dans quels cas le redoublement est contestable. “Lorsque l’élève a échoué pour des raisons affectives (déménagement, séparation, deuil…), redoubler n’est pas la bonne réponse. L’énergie a été focalisée pour se protéger, quand la pression retombe, elle peut à nouveau être investie dans le travail. De même lorsque l’élève a de bonnes capacités intellectuelles, qu’il apprend rapidement, mais qu’il manque de méthodes. Il a les connaissances mais ne sait pas les restituer. C’est parfois le cas avec des enfants précoces. Dans ces cas-là le redoublement risque de déprimer l’enfant. D’autant que ces méthodes peuvent être acquises en dehors de l’école par un tutorat pendant les vacances scolaires ou une aide aux devoirs avec une personne compétente.” Il n’est cependant pas toujours facile d’évaluer son enfant avec objectivité. La thérapeute conseille de ne pas hésiter à prendre un avis extérieur : “A un enseignant qui n’est pas forcément celui de l’année en cours. Ou éventuellement à un psychologue qui pourra déterminer quelles sont les conditions psychologiques et affectives de l’enfant ou de l’ado et estimer ses chances de mieux se gérer l’années suivante.”

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